La vie est plus belle à Cambutal

Coraline Valentine

Les vagues déferlent sans cesse sur la plage de Cambutal. Elles bercent le quotidien des quelques habitants et des touristes, chaque année un peu plus nombreux.

Les sons de la jungle et du Pacifique sont parfois interrompus par l’aboiement des chiens surpris par les visiteurs ou le ronronnement d’un pick up, transportant surfs, matériaux de construction ou animaux. Sur l’unique route, chacun salue l’autre d’un signe de la main, “Ola, buenos dias !”.

Depuis la petite ville de Tonosi, notre taxi roule à toute allure, à travers les champs de riz, planche de surf à l’arrière, emballée dans des cartons. Hésitant, le chauffeur prend finalement le chemin boueux qui monte rapidement sur la droite pour nous déposer avec un grand sourire à la porte de l’hôtel Kambutaleko.

Ion arrive de chez lui, au deuxième étage. Il est espagnol et vit ici, surplombant l’océan depuis 10 ans. Avec toute sa gentillesse, il nous montre la chambre, à l’avant de la maison. La terrasse offre une vue grandiose sur l’océan. Les papillons font briller leurs couleurs au soleil, les colibris s’attèlent à leurs taches à un rythme effréné sur les fleurs géantes.

Le lieu est calme, apaisé, les hamacs invitent au farniente. C’est la saison des pluies, les plantes sont luxuriantes. L’océan est sans fin. Max et moi échangeons un regard, on n’est pas loin du paradis.

Ion nous dit se sentir aujourd’hui chez lui, ici à Cambutal. Lui aussi se demande ce que le village va devenir, avec ces hôtels qui sont en construction et tous ces terrains à vendre. Le tourisme est jeune au Panama, 10 ans à peine. Les gens viennent principalement pour la luxuriance de la nature, sur terre et sous l’eau, et parfois pour le surf.

Sur le bord de la route principale se trouve un restaurant : Brisas Del Mar. Une caravane fait office de cuisine tandis que les clients mangent sous une avancée de toit en tôle. Il y a peut-être dix places. Nous sommes accueillis avec de grand sourires. A peine le temps de baragouiner un “vegetariano” que deux gamins d’une douzaine d’années nous apportent avec fierté deux assiettes pleines. Au menu : riz, haricots rouges, salade et chips de plantains.

L’océan est juste là derrière. Les deux gamins rigolent à la table d’à côté lorsque nous tentons la discussion en espagnol. Il y a eu beaucoup de rires, pour le déjeuner ! Tout près, un spectacle se met en marche. Un homme au volant d’un pick up tente de remonter un vieux bateau de pêche sur la plage, attaché à une corde probablement trop fine. Finalement, tout le restau s’en mêle et après quelques tentatives, l’affaire est pliée.

De retour à l’hôtel, je suis assise sur un fauteuil, Max est dans un hamac. Nous regardons l’océan. La marée monte, les vagues s’écrasent inlassablement sur le récif. L’horizon est calme, un porte-containeur passe lentement, dans quelques jours, il aura passé le canal et sera sur l’Atlantique.

L’apparition d’une baleine et de son baleineau fut presque incroyable. Ce fut d’abord un souffle, puis de vagues formes noires émergeant de la surface. La mère sauta, tout son corps était en l’air, hors de l’eau. Puis le petit l’imita. Devant ce spectacle, nos yeux se sont brouillés.

La marée monte, c’est bientôt l’heure idéale pour aller surfer 4.11, le meilleur spot de Cambutal. Pour y aller, 40 minutes de marche sur une piste sont au programme. Un pied devant l’autre, les yeux en extase devant la densité de la végétation, nous avançons. Max a sa planche sous le bras.

Des milliers de verts différents colorent la jungle, certaines feuilles font plus d’un mètre, des régimes de bananes apparaissent çà et là. On ne les voit pas mais on n’est pas les seuls sur le chemin, il y a aussi les insectes, bruyants pour certains et des oiseaux, des petits reptiles et mammifères. Les singes hurleurs s’excitent de temps à autre, pour donner un concert de sons étranges, à vous donner la chair de poule.

Finalement, après avoir traversé trois rivières, 4.11 se présente devant nous, avec ses vagues qui donnent envie de tout oublier et de se jeter à l’eau, tout de suite.

Max ne réfléchit pas bien longtemps avant de passer à l’eau. Il contourne la vague et rejoint la quinzaine de surfeurs, locaux et étrangers, déjà présents. La vague n’est pas très grande, un mètre cinquante peut-être ce jour-là, mais elle est belle, elle casse lentement, régulièrement, laissant chacun de ses surfeurs glisser tranquillement.

Deux femmes sont à l’eau et elles comptent parmi les meilleurs. Il y a deux ou trois jeunes du village aussi, qui semblent prendre leur spot pour leur cour de récréation, avec l’aisance particulière de ceux qui surfent leur spot tous les jours.

Pour moi, le sol rocheux juste sous la surface est encore un peu dangereux, je surferai le lendemain, sur la plage. J’observe Max prendre les vagues avec un style que je reconnais parmi des centaines. Il prend une bonne dizaine de vagues ce jour-là, et sort comme toujours avec un grand sourire, le regard tourné vers l’océan. C’est cet état, cette impression qu’il communique avec la nature, avec l’océan lorsqu’il surf et après, qui m’a fait moi aussi me jeter à l’eau avec ma planche il y a quelques années.

“Quand le ciel et l’océan deviennent bleu foncé comme l’encre, la pluie ne tarde pas”, nous avions été prévenus. Sur le chemin du retour, nous accélérons le pas. La lumière diminue, l’air devient lourd. Quelques gouttes commencent à nous chatouiller, trois minutes plus tard nous sommes sous une pluie qui nous empêche de voir à plus de 10 mètres.

Juste avant la première rivière, un 4×4 blanc s’arrête à notre hauteur, je monte à l’intérieur, Max s’installe à l’arrière du pick up. Justin, Californien et surfeur, la cinquantaine, nous a épargné une sacrée galère. Nous roulons sous la pluie battante, il me raconte sa session de surf sur un autre spot : Dinausore. A travers la vitre arrière, je vois Max sauter au rythme du chemin défoncé, un grand sourire illuminant son visage, heureux.

Toujours dans la forêt, le village se rapproche, l’ambiance est belle et Justin lance, dans le silence “I love surfing, men”.

Le soir, nous décidons d’aller au restaurant de l’hôtel chic du village. Deux mojitos et deux Pina Colada à l’ananas frais plus tard, on refait le monde sur les transats. Des petits lampions pendus entre les palmiers précèdent les étoiles pendant que des gamins surfent les dernières vagues du soir. A Cambutal, il y a comme un sentiment d’apaisement total.

La plage devant l’hôtel est couverte de branchages ramenés par l’océan. Demain matin, deux employés de l’hôtel les mettront de côté, comme un éternel recommencement. Comme le soleil qui tous les jours se lève sur l’océan ramène les premiers surfeurs, avant de laisser place à l’orage, à la pluie puis à la nuit.

C’est pizza night ce soir à l’hôtel, ça nous change un peu du combo riz, haricots rouges qui lui aussi semble être un éternel recommencement. Les  rires fusent, à mesure que la soirée avance, les bruits de la nature s’assoupissent, sauf l’océan qui continue son ressac.

Dans la boutique de l’hôtel, les touristes achètent des t-shirts barrés d’un “Life is better in Cambutal”.