De Manille à Baler

Rencontre avec Jovanne

Jovanne Faraon est une architecte indépendante de 26 ans. Elle a grandi dans la métropole de Manille, mais sa vie a complètement changé quand elle a choisi de vivre une vie plus simple, plus décontractée, au bord de la mer, à Baler ! Elle a pu ainsi concilier son désir d’océan, de vagues et de surf avec son métier.

Photos : Tiara Mejos

J’ai vécu loin du littoral à peu près toute ma vie. Je suis née et j’ai été élevée comme une citadine mais j’ai toujours eu envie de la mer. Quand j’ai commencé à surfer en 2013, j’étais encore au lycée, et c’est là que les choses ont commencé à changer. J’avais un groupe d’amis avec qui je partais surfer au moins une fois par mois. C’était déjà beaucoup pour nous qui vivions à distance de la mer, à la ville. Pour pouvoir surfer, tu devais généralement consacrer 48 heures pour ta session, dont 6 à 8 heures de trajet rien que pour l’aller simple. En fin de compte, j’étais la seule à rider les vagues sur une plage dont je suis tombée amoureuse à cause du surf.

Baler est une petite ville de la province d’Aurora, aux plages interminables, sur une côte de 200 km. L’endroit n’est jamais trop bondé. Quand le surf devient trop gros et qu’il y a trop de vent on shore, il y a quand même des vagues qui déroulent dans l’estuaire en forme de A.

Par ailleurs, à Baler, il y a également un récif surlequel les vagues se brisent, appelé « Cobra Reef », qui peut te permettre de prendre des droites parfaites et tubulaires.

Photo : Tiara Mejos

J’ai immédiatement déménagé à Baler dès la fin de mes études. J’ai été capable de m’adapter à l’endroit et de rapidement découvrir la culture locale. J’y ai aussi fondé une famille, et élever mon enfant au bord de la mer est la meilleure décision que j’ai prise.

Le week-end, la plage peut être bondée de monde. Mais en semaine, le surf est à vous. Les locaux peuvent même vous laisser la place pour surfer la vague ! Une des raisons principales pour lesquelles je me suis facilement adaptée à l’endroit : la gentillesse de tous ceux que j’ai rencontrés.

Ma routine quotidienne est d’aller surfer tôt le matin ou au coucher du soleil. Entre les deux, je consacre mon temps à ma famille et à mon travail.

Je n’ai emploi du temps fixe avec des horaires. Je vis au jour le jour et je regarde les conditions qui me conviennent. Cela me permet de tout faire dans la journée journée sans me sentir trop stressée.

Photo : Tiara Mejos

Le surf m’aide à m’améliorer à différents points de vue. Quand je me sens paresseuse, sans inspiration, déprimée, ou que j’ai juste besoin d’un moment de méditation, je surfe. C’est probablement difficile à croire pour certains, mais le surf est un mode de vie pour moi. Vivre dans une ville depuis 25 ans, puis commencer à surfer, a changé la façon dont je vois la vie. Cela m’a plus que jamais connecté à Mère Nature et m’a permis de devenir une personne plus humble.

Le surf m’a ouvert à de nouvelles opportunités et à d’autres aspects que je ne connaissais pas et j’en suis vraiment reconnaissante. Je n’avais pas du tout peur de quitter la ville parce que je savais quelle serait ma prochaine étape sans que les choses soient planifiées. Les vagues m’ont emmenée assez loin pour vivre une vie simple et apprécier ce qui existe sans attentes.

En général, toutes les femmes qui surfent ont cette grâce naturelle et ce style quand il s’agit de surfer. Peu de femmes surfent dans notre pays, en particulier dans ma ville, ou leur nombre est inférieur à dix. Je sais qu’il n’y a pas de compétition entre nous car nous sommes toutes amies et que nous surfons pour nous faire du bien.

Par contre, il y a beaucoup d’hommes (même de petits garçons) au line up. Ils sont sympa avec les femmes, ce qui me fait me sentir plus en sécurité et plus à l’aise quand je surf dans un endroit bondé de monde.

Photo : Tiara Mejos

J’ai démarré avec un longboard 9’3″ qui a une glisse magnifique. Je suis ensuite passée sur un shortboard, un an plus tard, et, depuis, je ne suis jamais retournée sur un longboard. Cela m’a pris du temps pour vraiment apprendre à surfer sur une petite planche, mais ça me fait triper dès la première vague, alors que sur un longboard, il m’en faudrait au moins cinq.

Avec ma famille, j’ai déménagé près d’une vague de reef, donc je n’ai pas vraiment eu le choix. J’aime vraiment surfer ce break en dépit des innombrables cicatrices que je me suis faites et dégâts sur mes planches. Je ne vais pas à l’eau si il y a des tubes overhead ni si les vents sont très forts, surtout on shore. Je choisis toujours les conditions où les vagues sont bien pour moi et qui ne mettent pas la pression. Je m’assure que ça ne ferme pas et que la lèvre ne m’entraîne pas vers le fond. Vu que je surfe avec d’autres personnes j’apprends continuellement en surfant, et je préfère choisir de surfer des petites vagues pour l’instant, et de progresser plus tard, quand je serai prête.

Photo : Tiara Mejos

Tout comme les vagues de l’océan grandissent et diminuent, nous grandissons et nous évoluons. Cette année, je vais commencer par faire de mon mieux, et pratiquer le « zéro plastique ». J’apporterai mes propres affaires réutilisables partout où je vais et je refuserai les plastiques à usage unique. En tant que surfeuse, je continuerai aussi à ramasser les déchets le long du line up et de la côte. Ce n’est pas si difficile à faire.

Ma plus grande mission est d’éduquer et d’inspirer la communauté locale pour repenser et réduire leurs déchets ainsi que leur empreinte plastique. Il ne s’agit pas d’essayer de tout faire ou de promouvoir un style de vie à sens unique. Il s’agit de penser que, collectivement, nous pouvons changer notre façon d’envisager le gaspillage, notre façon d’utiliser les choses et notre façon de vivre ensemble sur la terre. Nous pouvons refuser une consommation qui n’est pas durable. Nous pouvons tous apprendre, grandir et ouvrir notre esprit et notre créativité à de nouvelles façons de voir le monde, de respecter les différents modes de vie et de faire de petits changements quand et où nous le pouvons.

Photo : Tiara Mejos

Pour faire moins de déchets, nous pouvons simplifier les choses par nous-mêmes :

  • Nous pouvons refuser les articles jetables à usage unique. Nous pouvons apporter nos propres produits réutilisables pour éviter les plastiques à usage unique comme les sacs, les contenants, les pailles, les tasses et les bouteilles d’eau.
  • Nous pouvons être ingénieux avec la nourriture en faisant des repas rapides et faciles à partir d’aliments non transformés et non emballés.
  • Nous pouvons composter nos déchets alimentaires.
  • Nous pouvons recycler intelligemment.
  • Nous pouvons utiliser notre voix pour nous exprimer.
  • Nous pouvons soutenir d’autres communautés locales. En partageant les mêmes pensées et missions, nous agissons ensemble pour créer un monde fait d’un seul peuple.

Instagram : @jovannesurfs