Deux poules sinon rien !

Rencontre avec les créatrices de Poule Swimwear

Mathilde est styliste, Elsa réalisatrice et journaliste. Ensemble, ces deux amies « concept women » ont créé POULE une marque activewear 100% française, éthique et écologique qui comprend une ligne de maillots de bain à tomber et des vêtements de sport confortables et stylés. Rencontre avec deux trentenaires optimistes, intuitives et engagées qui n’ont pas froid aux yeux. Des femmes comme on les aime…

Comment est né votre projet ?

ELZA- Je sortais d’une rupture et j’étais clairement au fond du seau ! J’avais soif de nouveaux projets, d’une nouvelle histoire et qu’on me fasse confiance. Mathilde était mon amie depuis quelques temps déjà et elle m’a parlé de son projet de maillot de bain. Elle a été très claire dans son approche : « j’aimerais monter ma marque et j’aimerais le faire avec toi ». De mon côté, j’ai toujours aimé sa façon de voir la mode, la vie et notre amitié. Et puis elle m’a sorti la tête de l’eau à un moment où j’étais un peu en train de me noyer. Mathilde m’a montré que, même dans le noir complet, on peut trouver une petite lumière qui nous éclaire, cela m’a sauvé de la noyade post rupture… et maintenant on nage dans de beaux maillots ! Très rapidement, Poule est devenu ce genre de projet où on ne se met pas de limite de temps. Au début nous avions peu d’argent à investir mais beaucoup (trop) d’idées. Tout reposait sur une vibration constante de création, ce qui suscitait une excitation et donc une attente auprès des gens à qui on en parlait. On a tout fait pour faire naître cette marque, avec nos petits moyens, en étant focalisées sur le maillot pensé par des femmes pour des femmes. Et puis très rapidement les mecs qui nous entourent nous ont dit « et nous ? on veut aussi porter du Poule ! » Donc Poule est en train de devenir une marque activewear (maillots, yoga, run…) pour femmes et pour hommes. Ça n’a pas arrangé nos finances quand il a fallu relancer une production et élargir notre gamme, mais il ne faut pas oublier l’idée de départ : ce qui nous fait du bien c’est d’avoir des rêves et d’essayer de les réaliser sans forcément attendre d’avoir tout  sécurisé pour se lancer. Poule aujourd’hui, c’est une famille qui grandit chaque jour, c’est une marque mais c’est surtout un état d’esprit.

MATHILDE- Le projet est né au début de l’année 2017, suite à de nombreux voyages avec mon copain. Lui surfe beaucoup et nous choisissons toujours des destinations où nous pouvons pratiquer ce sport bien sûr, mais aussi des randonnées, des treks… Nous sommes sportifs mais surtout fous de nature, d’océan, de grands espaces ! Par le biais de tous ces voyages (Indonésie, Californie, Amérique du Sud, Sri Lanka, Maroc…) j’ai eu maintes occasions d’observer les surfeuses à l’eau, de les rencontrer et d’échanger avec elles sur leurs styles de vie et leurs manières de consommer. Aujourd’hui de plus en plus de femmes adoptent un mode de vie sain, font du sport, consomment des produits bio et locaux, prennent leur temps. Ces femmes sont sensibles à la qualité des vêtements qu’elles achètent, privilégient les matières plus durables et écologiques, et sont sensibles à la provenance de la fabrication. Elles préfèrent acheter moins mais mieux.

Le challenge était donc là : créer de beaux maillots de sport, chics et intemporels, que l’on peut porter toute l’année pour celles qui voyagent, travailler des matières qualitatives, durables et locales (elles proviennent de France et d’Italie), non dangereuses pour le corps et l’environnement (toutes sont certifiées “Oeko-Tex”, un label qui vise à garantir les qualités humano-écologiques des textiles). Et une fabrication 100% française. Des maillots qui font du bien quoi.

Jason Childs

Quel rapport entretenez-vous avec l’océan et le surf ? Qu’est-ce que cela vous apporte ?

MATHILDE- En fait c’est simple, quand je pars en voyage, l’océan n’est jamais très loin. Comme je l’ai dit précédemment, je suis complètement dingue des grands espaces (les montagnes, les plateaux immenses, l’océan) ça provoque en moi une énorme émotion ! En ce qui concerne le surf, j’apprends. Je m’y suis mise récemment ! J’adore le coté hyper addictif de ce sport. Quand on commence, on ne veut jamais s’arrêter, alors que paradoxalement la vague nous pousse toujours à sortir.

ELSA- Je suis née à Paris (biiiip mauvaise pioche !) mais mes parents sont du Sud-Ouest, du médoc plus précisément. C’est viscéral, je manque d’air si je ne vais pas là-bas au moins 1 fois par mois. Je ne me considère pas comme une surfeuse dans le sens où je surfe uniquement pour le plaisir (quand il y a un petit mètre) et pour partager des sourires et des souvenirs avec les potes. Le surf me permet de me reconnecter à la nature et à moi-même. En fait je crois que ce qui me plaît le plus dans le surf c’est l’ambiance à l’eau, l’esprit communautaire initiée par nos parents et qu’on a su faire perdurer dans le Sud-Ouest. Dans ce coin, le surf c’est d’avantage une affaire de famille, de tribu, de façon de vivre. Le surf et ce rapport à la nature et à l’océan m’ont clairement aidé à cultiver mon authenticité et à assumer ma personnalité dans le milieu superficiel parisien du show-business et de la musique dans lequel je travaille depuis maintenant 10 ans. Le Sud-Ouest c’est la maison, je n’ai qu’à m’imaginer sur une de ces dunes ou dans l’eau pour que cela me rappelle instantanément d’où je viens et qui je suis vraiment.

Jason Childs
Jason Childs

Parlez-nous de votre éthique de travail.

MATHILDE- En créant Poule, nous avions le désir de travailler autrement. Après avoir bossé dans plusieurs boîtes parisiennes en tant que styliste, je ne me sentais plus en phase avec la réalité du travail : aller toujours plus vite, dessiner des collections en un temps record avec de moins en moins de moyens, lancer les fabrications là où la main d’œuvre est la moins chère, dans des pays à l’autre bout du monde où les normes humaines et environnementales ne sont pas franchement respectées. Ce n’était pas sain, il y avait trop de stress, de pression. Ce stress provient entre autres des dirigeants financiers qui, soyons honnête, ont le monopole de tout puisqu’ils ont « l’argent ». Mais est-ce que ça doit être le seul moteur de création aujourd’hui ?

Je trouve que ce qu’on nous enseigne lorsqu’on travaille dans des entreprises de ce milieu, est assez préoccupant, pour ne pas dire super flippant !

Avec Elsa on a besoin de se sentir libres dans nos idées et nos actions. On est loin du schéma de l’entreprise hiérarchisée, avec des objectifs précis et des collections Printemps/Eté & Automne/Hiver à pondre en un temps record. Nous, on y va doucement mais surement 🙂 Nous créons quelques pièces coup de cœur tout au long de l’année, pour moins de gaspillage. On fabrique l’intégralité de nos modèles en France dans des usines spécialisées ; chaque pièce est réalisée par des femmes expertes (Anais, Sylvie, Julia, Emilie…), chaque détail est soigné. Nous croyons dur comme fer au savoir-faire français et à des conditions de travail décentes, où les normes humaines et environnementales sont respectées. La proximité de fabrication permet aussi de réduire et de contrôler notre impact en C02.

On souhaite que le résultat soit impeccable et que chaque femme se sente canon dans son Poule ! Tous nos modèles sont doublés et offrent un véritable maintien. On essaye de s’adresser à toutes les femmes. Celles qui ont plus ou moins de formes mais aussi aux sportives qui souhaitent allier technique, style et respect de l’environnement.

Emilie Baudoin

Parlez-nous de la POULE FAMILY.

ELSA- La POULE family, c’est Immersion, ce sont nos potes aux quatre coins du monde, mais aussi les chanteurs avec qui je travaille et qui soutiennent la marque dans leurs clips, les athlètes français que j’interviewe et qui porteront nos maillots pour les JO de 2020 ! La POULE family c’est celui qui est en train de nous lire maintenant, mais c’est aussi Mireille qui travaille dans notre usine de fabrication à Bourg en Bresse, et Paul qui brode les T-shirts à Marseille.

Photo : Matt Georges

Quelle est votre vision de la femme dans la société ?

ELSA- On s’interroge beaucoup sur le statut de la femme. En France bien sûr mais aussi dans le reste du monde au travers de nos nombreux voyages. J’ai envie de m’engager sur ce terrain mais pour le moment je ne sais pas encore sous quelle forme. Avec notre marque, on communique énormément sur l’envie d’un « mieux-être » dans son corps et dans sa tête. On voudrait encourager les femmes à s’assumer, sans complexe, et réveiller la guerrière qui est en elles. On a toutes déjà souffert de devoir enfiler notre maillot car on ne se sent pas belle. Et ça nous concerne toutes. Qu’on soit une taille 36 ou 44. Avec Poule on veut lutter contre ces clichés de la mode actuelle et contre les dictats de la beauté qui alimentent nos complexes. Le surf réduit d’ailleurs souvent la femme à des fesses sur papier glacé. C’est vrai que c’est joli une belle paire de fesses, mais dans ce cas, on veut voir toutes les fesses, pas seulement le petit 34 bien rebondi.

MATHILDE- Sur chacun de nos shootings on essaye au maximum de travailler avec des femmes bien dans leurs pompes. Des femmes qui ont des formes et qui s’assument. C’est un peu cliché de dire ça mais c’est hyper important pour nous. Et puis sans qu’elles s’en rendent compte, les filles (nos mannequins/modèles) dégagent un truc super positif et véhiculent une image forte et sincère. En fait on essaye juste d’être cohérentes avec les femmes à qui on s’adresse : celles qui ont une affinité particulière avec le sport, mais aussi celles qui aiment la mode. Christina Aguilera a déjà 2 maillots Poule dans son dressing… folie !

Photo : Matt Georges

Quelles sont les valeurs que vous voulez véhiculer ?

MATHILDE- Le partage, les rencontres, le respect, véhiculer des messages positifs, se faire du bien, s’amuser… ce sont des valeurs importantes pour nous. Depuis la création de ce projet nous ne faisons que des belles rencontres et ON ADORE (c’est notre phrase préférée en ce moment!). Nous formons une équipe soudée et passionnée. Le sport, le bien-être et la musique sont nos moteurs au quotidien. D’ailleurs on rend hommage aux artistes qu’on aime. Nos maillots de bain portent les noms de Bowie (David), Prince, Patti (Smith), Jim (Morisson) ou Keith (Richards), et même C.R.E.A.M (l’un des classiques du Wu-Tang Clan) et les légendes de nos post instagram sont uniquement des titres de chansons. Toutes ces références ont un sens.

ELSA- Avec Poule la vie est un peu une fête, c’est vrai. On est d’un optimisme forcené, l’impossible n‘existe pas chez Poule. Avec Mathilde, on a envie de faire évoluer les mentalités, les façons de travailler, la mode grâce au divertissement, au sens de la fête, à l’entraide. On veut rendre le monde joyeux. On a comme projet d’ici quelques mois, d’organiser des soirées « Poule », des retraites de surf et yoga « Poule » pour faire parler de la marque bien sûr, mais surtout pour créer du lien entre les gens, créer une vraie communauté et se faire du bien. On voudrait ouvrir le dialogue entre les hommes et les femmes, les anciens et les jeunes, ça c’est important. Il faut se dire les choses, transmettre, partager et avec Mathilde on cultive ces valeurs dans notre business et dans notre amitié. C’est ensemble que l’on fabrique notre futur ! S’il n’y a pas d’entraide et de communication, demain n’existera pas. Porter du Poule c’est un peu un acte engagé parce que tu deviens ambassadeur de toutes ces valeurs.

Emilie Baudoin

Poule est encore une jeune marque, c’est un vrai challenge. Est-ce que vous êtes fières du travail que vous avez accompli et quels sont vos projets pour l’avenir ?

ELSA- Bien sûr qu’on est fières, même si ce n’est pas facile de tout mener de front. Poule est une activité qu’on pratique en plus de nos métiers, la marque ne nous fait pas encore manger. Parfois, je l’avoue, je ressens du stress, je me demande si la marque décoller. On y a investi tout notre cœur et beaucoup d’énergie. Mais je souffrirais tellement de travailler enfermée dans une boite avec un CDI… on ne se sentirait plus assez inspirées. Alors, j’essaie de ne pas me poser trop de questions. Pour Poule, je suis prête à sauter dans le vide… Et encore plus avec Mathilde à mes côtés. En fait, le plus important, c’est d’assumer d’être soi-même (ça ne sert à rien de lutter) et se donner les moyens de ses ambitions. J’ai parfois l’impression d’être à contretemps avec le reste du monde, surtout quand j’explique que j’ai 4 métiers : réalisatrice, agent d’image et conseils pour sportifs et artistes, co-créatrice de Poule, et en août, je passe mon certificat de professeur de yoga. C’est dans la continuité de tout ce que j’ai fait avant et puis il va bien falloir un prof pour nos retraites Poule ! Tout ça nourrit mon histoire, notre histoire avec Mathilde. Je pense profondément que la multiplicité des projets n’est pas un danger, ce qui craint, c’est de ne pas aller au bout des choses. Il ne suffit pas d’avoir des rêves ou des idées, tout le monde en a, ce qu’il faut c’est leur permettre de s’exprimer et de se matérialiser. Si on est bien dans son axe et qu’on sait où on veut aller, les planètes finissent par s’y aligner. A 31 ans, je n’ai pas encore sauvé de dauphins, un de mes rêves de gosse, mais je peux dire que jusqu’à maintenant, j’ai vécu avec envie, passion et sans limite. C’est ça l’esprit Poule !

MATHILDE- On a encore plein d’idées en tête, plein de projets. La vie est courte, soyons un peu fou, sortons de notre zone de confort, amusons-nous, apprenons ensemble, explorons l’inconnu ! Et puis, peu importe l‘avenir, quoiqu’il arrive on aura énormément appris, on aura fait des rencontres dingues, vécu des moments fous.

On a déjà hâte de raconter ça à nos petits-enfants… Et big up à nos grands-mères d’ailleurs, si on en est là aujourd’hui c’est un peu grâce à elles. Poule c’est aussi une histoire de transmission et d’optimisme.

Pour aller plus loin

Site web : http://poule.tictail.com/

Instagram : @pouleswimwearfrance