Hannah et Ophélia

Par Hannah Charpentier

Chaque sport demande de la préparation, chaque passion demande du temps. Cependant le surf nécessite la magie du hasard météorologique qui nous est bien supérieure ! Depuis quelques mois, il est impressionnant de voir les dégâts que peut faire la nature. Ouragans, cyclones, inondations, incendies ont malmené l’actualité… Et quand elle est en colère, la nature détruit tout sur son passage. C’est pourtant cette même nature qui crée aussi des merveilles que nous surfons !

Je m’appelle Hannah, j’ai 22 ans. Je vis en Normandie, à Rouen, où je termine mes études de mathématiques en attendant de partir découvrir de nouveaux paysages. Quand je parle de là où je surfe, on a souvent du mal à me croire. Pourtant le surf est bien un sport praticable sur la Manche ! La mer n’est pas bleu turquoise, le vent n’est pas chaud, les galets font mal aux pieds… mais quand les vagues sont là, il y a du monde à l’eau et une ambiance parfaite. Alors oui, en hiver, les températures nous obligent à porter des gants, des chaussons et des cagoules… mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour une bonne session !

Le spot de mes premiers take-off est un spot de référence ici, c’est le spot de Pourville sur mer. Je suis loin d’être une professionnelle, je profite juste de la glisse depuis maintenant presque 3 ans et je n’arrêterais pour rien au monde. Ici, les conditions parfaites sont très difficiles à avoir, mais grâce à Ophélia, ce fut une semaine féérique.  Je sais ce que vous vous demandez, mais c’est qui cette Ophélia ?

Ophélia est un ouragan, ce fut le onzième cyclone de la saison 2017. Il est extrêmement rare qu’ils se forment aussi “haut” dans le monde. Pour une fois, c’est l’Europe qui a été touchée. L’Irlande, l’Écosse et enfin la Norvège s’en sont finalement bien sortis pour une dépression de cette ampleur. Et cet ouragan a eu du bon : des vents offshore, une véritable houle qui est venue mourir sur mes côtes normandes, que du bonheur !

C’était le mardi 17 octobre. Direction un secret spot normand pour profiter de cette météo soudainement intéressante. Dans le coin, on se bat continuellement contre le vent de nord qui vient nous détruire le plan d’eau beaucoup trop souvent. La houle, le vent sud-ouest (off-shore parfait pour la Normandie) et une période de plus de 5 secondes sont difficiles à réunir. Pourtant on arrive à surfer en général toute l’année, avec une préférence pour l’hiver et en essayant d’oublier les creux de 2 semaines de flat et les quelques sessions “chantier”. Mais cette semaine s’annonçait différente.  J’avais cette petite boule au ventre qui fait qu’on ne sait trop quoi penser. On veut des vagues, mais on veut aussi réussir à passer la barre. On veut que ça pousse, mais que ça ne creuse pas trop (je parle pour moi, pas pour ceux qui aiment les creux de 3m et qui ont les bras de Hulk). Tant de sentiments paradoxaux qui se bousculent !

Arrivée sur le spot à la bourre… (merci la fac), on s’adapte ! Le longboard est le choix parfait. La barre ne se passe pas sans difficultés, mais je gère. Une fois au large je peux me reposer et souffler tel un buffle pendant que les gars enchaînent les vagues et les manoeuvres. #Momentdesolitude !

Les lignes étaient superbes, les descentes excellentes, tout ça dans un cadre totalement atypique. La plage est assez grande et le peu de monde au line up me permettait de trouver ma place. L’ambiance est toujours très bonne ici. On parle souvent d’une atmosphère familiale, si vous voulez découvrir cela sur un spot, venez nous voir ! C’est la première fois que je surfais les vagues sur ce spot dont je tairai le nom. Comme partout dans le coin, on se retrouve assez vite entouré de falaises, ces murs de craies qui s’opposent à l’horizon. Ma petite préférence pour les gauches m’a permis de m’amuser comme une enfant. Une fois l’épreuve du take off rapide passée, les vagues ouvraient parfaitement et une fois dessus, tu te rappelles la définition du bonheur. Avant de revenir trop au bord, je m’extirpais de là comme je le pouvais et j’imaginai déjà la prochaine…

J’ai remis ça le vendredi 20 octobre. Là encore, la magie opère. Je suis encore à la bourre sur la marée, cette fois c’est le boulot et pas l’école. Je me grouille comme jamais, encore plus qu’à la pause quand tu as envie de pisser après 2h de voiture, je vous jure ! Enfilage de combi express, merci à la combinaison avec l’intérieur flashbomb, “moumoute” pour les intimes, qui facilite les choses. La sortie de ma board est le seul moment où je ne cours pas. Il faut être calme et délicat pour sortir un 9′ du local et éviter de taper plafond, murs, portes ou meubles !

La promenade de Pourville est déjà recouverte de galets, la tempête se rapproche. La houle qu’elle nous apporte est formidable. Les lignes se forment au large, comment résister ? Le coucher de soleil s’annonce magnifique, bingo ! Le courant du bord est fort, mais au large tu peux poser tes fesses et admirer. Les vagues sont folles, les nuages ont l’air d’être en feu. Mère nature nous offre une fois de plus un cadeau sans nom, en contradiction totale avec le cyclone qui grossit sur les côtes voisines. Le début de session m’est toujours difficile, j’hallucine encore d’avoir passé la barre. Je me pose et j’observe. Certains ont la force de partir après 1 minute de pause au line up, respect. J’ai toujours besoin de temps pour analyser tout ce qui m’entoure. La première vague me débloque et ensuite le sourire ne se décroche plus de mon visage.

On est si bien. Ce moment où on est debout, la vague ouvre devant soi, à nous de jouer. Je ne vis pas ça tous les jours ni à chaque session. La plupart du temps, je plante le rail et me fais rafraichir les idées avec les poissons et les algues. Alors là, pour la première fois, les jambes on fait leur boulot et sont allées au bout de ma planche, les deux pieds serrés au bout du nose… une fraction de seconde et il est déjà temps de vite reculer pour ne pas planter. Wow, de l’extérieur ça ne devait absolument rien rendre, mais le hasard m’a permis de me retrouver là, je remet ça dès que possible !

De nouvelles sessions arriveront, j’en louperai, j’en aurai des folles. Je serai tenue en haleine par le prochain trouble des éléments qui s’abattra sur nos terres. C’est ce que j’aime dans le surf, rien n’est jamais acquis !