Les folles tapisseries de Vanessa Barragão

Parle-nous un peu de toi et de ce que tu fais.

Et bien, je suis designer textile et je m’intéresse, dans ma production artistique, aux techniques artisanales et aux procédés industriels. J’ai créé mon studio en 2014 juste après l’obtention de mon Master en mode et design textile à l’université de Lisbonne. Là-bas, j’ai développé ma première collection à base de laine et mes premières tapisserie, en utilisant des processus écologiques et artisanaux.

La plupart du temps, je vis à Porto dans la région nord du Portugal qui est une région centrale pour l’industrie textile, et je passe mon temps entre des collaborations comme designer textile pour pour les usines locales artisanales et mon travail personnel dans mon studio.

D’où es-tu originaire et comment cela a influencé tes créations et ton travail?

Je suis originaire d’Albufeira, une station balnéaire très courue qui se trouve dans le sud du Portugal. Là-bas, l’océan est un élément essentiel au développement de la ville, et, en tant que locale, j’ai toujours essayé de le protéger. Pour moi, l’océan est vraiment le lieu où je puise mon inspiration; mon travail est totalement influencé par cet écosystème immense, et la préservation de l’océan est le but principal de mon travail.

Quand as-tu compris que tu voulais t’orienter vers des créations textiles ?

Depuis que je suis enfant j’ai toujours aimé expérimenter toutes sortes de techniques artisanales. J’ai l’habitude de dire que je viens d’une famille d’artistes car une grande partie partie de ma famille est habile et créative. Par exemple ma grand-mère et ma mère font beaucoup de tricot et de crochet. Cela a m’a nourri et mes parents m’ont toujours soutenu dans la réalisation de mes envies lorsque notamment j’ai développé mes connaissances dans les techniques artisanales textiles. Quand j’ai fait mon Master en mode et design textile j’ai décidé d’explorer le processus de la laine pour mon projet de thèse et je pense que c’est à ce moment-là que ma pratique artistique et mon langage conceptuel ont commencé à prendre forme.

Comment décrirais-tu ton style?

Mon style consiste à mélanger des techniques artisanales et écologiques pour créer des pièces inspirées de la nature, plus particulièrement des récifs coralliens et de la vie des fonds marins. De plus, je n’utilise que les restes de l’industrie de la laine pour valoriser correctement ce matériau qui aboutit généralement dans des décharges. Il s’agit de garder mon “empreinte écologique” la plus faible possible tout en créant des œuvres dont le but ultime est de sensibiliser le public aux conséquences fatales du réchauffement climatique, en particulier dans les récifs coralliens.

Peux-tu décrire ton processus de création? Fais-tu un dessin avant de commencer à travailler avec les matériaux? 

Je ne fais généralement pas de croquis. Avant de commencer, je décide des tailles, de la forme et des couleurs que je veux utiliser. Le processus de création est la partie la plus incroyable, car cela évolue toujours de jour en jour. Les idées viennent lorsque je produit, et c’est toujours surprenant. Quand la pièce est terminée, c’est quand je le ressens ainsi, et quand je vois vraiment son impact et la façon  dont elle interagit avec les spectateurs.

Sur ton site Web, tu écris à propos de ta conviction du bien fondé de la valorisation des déchets pour lutter contre les méthodes et les mentalités nuisibles. Peux-tu développer?

Le propos de mon travail est de sensibiliser aux problèmes et aux conséquences de la pollution et du réchauffement climatique. Pour illustrer cette problématique, je m’inspire visuellement de l’un des environnements les plus vitaux: les récifs coralliens, actuellement menacé. Ces organismes naturels vivants et complexes constituent le cœur d’un immense habitat pour de nombreuses espèces marines qui dépendent les unes des autres pour survivre. Sans ce pilier, une grande partie de la vie marine serait proche de l’extinction, ce qui finirait par nous affecter, ainsi que la planète que nous appelons notre Terre.

L’industrie de masse génère énormément de déchets en produisant de façon non consciente, devenant ainsi l’une des causes majeures de la dégradation des océans. Mon travail parle de toute cette réalité et de ces perturbations, et, lorsque je crée une pièce, j’essaie de faire passer le message en utilisant les restes de l’industrie et en utilisant des techniques artisanales. Promouvoir un état d’esprit écologique est la clé de mon processus dont le but est de conserver un héritage culturel en matière de techniques ancestrales et de souligner l’importance de la réutilisation pour que les gens puissent aient envie de créer avec conscience et de contribuer à la préservation de la Terre.

Comment l’utilisation de déchets influence-t-elle ton processus artistique? 

L’utilisation de déchets peut présenter quelques limites, mais la vérité est que les restes de l’industrie de la laine que j’utilise sont si variés et en bonne quantité, que cela n’impacte jamais vraiment la forme de mon travail. Mon art se veut avant tout un message fort.

Quelles techniques utilises-tu?

J’utilise plusieurs techniques artisanales comme le crochet, le crochet, le feutre, la vannerie et le macramé.