Madrugadas Salvadoreñas, partie 1/2

Emma Fraser-Bell

Photographies Clare James

Photographies aquatiques Rudy Ortiz et Piolo Flores

“Merde! Il fait froid! Alors, où est-ce que tu pars?

“Humm. Je vais au Salvador !!! ”

La question bourdonnait dans mes oreilles, je n’avais pas pu m’empêcher de laisser échapper cette réponse empreinte d’un réel enthousiasme. Je me sentais mal. Mon bon ami Nuno avait accepté de prendre soin de ma chienne Meli pendant les quelques semaines où je serai absente. À l’insu de ma chienne, je partais pour un trip surf au Salvador. Laissant derrière moi l’un des hivers les plus sombres, les plus froids et les plus orageux de Cornwall que je n’avais jamais vu. Je me sentais triste de laisser ma chienne chérie aux doux poils, mais je savais qu’elle serai en bonne compagnie. Je savais aussi que je partais pour l’aventure de ma vie.

Je voulais rompre la monotonie des longues nuits sombres et froides qui accompagnent l’hiver dans l’hémisphère nord: terminer le travail dans le noir, promener le chien dans le noir, aller au gymnase dans le noir et se réveiller dans le noir, tout en souhaitant être dans l’océan, voir le soleil éclatant à travers un ciel sans nuages, et sans un pare-brise glacé en vue.

J’ai élaboré des plans pour m’enfuir et retourner en Amérique centrale; spécifiquement au Salvador. Des point breaks, de longues vagues qui déroulent, des heures passées en bikini et aucune fatigue causée par le poids excessif d’une combinaison de plongée d’hiver de 5 mm. J’en avais tellement envie !

J’avais envie de commencer à 5h du matin, de faire bouillir l’eau pour un café frais à l’aube. J’avais envie de cette sensation de chaleur si tôt le matin. Je voulais en finir avec les combinaisons trempées de glace sur la corde à linge, la bouteille thermos de café chaud mélangé à du cacao pour décongeler mon corps frigorifié après une nuit de sommeil glaciale.

J’aspirais à la chaleur, au peuple d’Amérique centrale, aux couleurs vibrantes qui semblent si étrangères à nos terres grises, aux verts à la menthe et aux roses bonbons des maisons bordant les rues. J’avais besoin de fruits frais en abondance, de la musique : salsa et reggaeton qui s’échappent des portes. Un avant-goût d’un monde différent. Une culture si éloignée de la morosité d’un autre long hiver.

J’avais fait des recherches sur le Salvador avant de partir, parcourant Internet pour trouver des articles. Pourtant, l’offre était limitée. Alors que l’heure du départ de partir approchait de plus en plus, les avertissements des amis et de la famille m’apportaientt inquiétude et scepticisme. Est-ce que je faisais le bon choix? Devrais-je vraiment voyager dans ce pays si profondément gangréné par la guerre des gangs? J’ai essayé de trouver de la littérature salvadorienne, mais je n’ai trouvé que des reportages et des articles de journaux en ligne. Tous remplis de violence et d’avertissements.

Plus je cherchais, plus je devenais hésitante. J’ai trouvé quelques personnes qui avaient visité le Salvador, le pays avec, soi-disant, le plus haut taux de criminalité en Amérique latine. Ils disaient que le surf était super, mais qu’il fallait faire attention. J’étais prudente, un peu inquiète. Je devais pourtant tenter l’aventure, je voulais rencontrer les gens du Salvador en personne, voir ce pays par moi-même et faire l’expérience de sa beauté. Je savais que le Salvador pouvait se vanter d’un climat tropical, d’eaux chaudes, d’une vie marine abondante et d’une terre truffée de pics de rêve et de droites qui jalonnaient sa côte pacifique!

L’écrasante excitation d’un trip surf avec ma meilleure amie semblait l’emporter sur toutes ces hésitations, d’une façon quelque peu égoïste je suppose. Les billets ont été réservés pour février, au beau milieu de l’hiver glacial et de ses journnées grises, de ses vagues glacées et de ses houles d’hiver. J’étais prête pour le changement.

J’ai laissé mon travail derrière moi pour quelques semaines de liberté et d’aventure. Le voyage avait commencé. Les board bags étaient remplis à ras bord, prêts pour un voyage de plus de 24 heures à l’autre bout du monde. De Cornouailles à Londres. De Londres à Madrid. De Madrid au Guatemala et enfin Du Guatemala à San Salvador, la capitale du Salvador. J’ai atterri avec ma meilleure amie au Salvador vers 20 heures. Sale, en sueur, privée de sommeil, douloureuse et incroyablement excitée. Nous avons chargé les board bags dans une camionnette et nous sommes parties pour ma première destination : El Tunco.

A l’’arrière du pick-up, nous avons échangé dans mon espagnol aproximatif afin de nous renseigner sur le surf de la semaine précédente et les prévisions pour la matinée. Miguel, notre chauffeur de taxi nous a souri en retour, les dents blanches dans le rétroviseur «Surfistas si?», «Si !!» avons-nous lâché en réponse.

Les vagues avaient été petites la semaine précédente mais la houle rentrait de plus en plus. Les vagues étaient de 3 à 4 pieds le matin, mais avec un line up bondé, selon Miguel. «Es Domingo, habra mucha gente por la manana». Les San Salvadoriens se rendent sur la côte pour le week-end et retournent en ville pour la semaine. Aller à l’eau au lever du jour semblait la meilleure option. Nous nous sourîmes, nous savions déjà qu’il faudrait se réveiller tôt. Notre excitation était palpable. Notre premier avant-goût d’un réveil salvadorien à 5 heures du matin; café, lever de soleil et surf!

Nous sommes partis à El Tunco un samedi, la nuit la plus bondée de la semaine. Des gardes de sécurité affublés d’armes à feu nous ont arrêtés alors que nous essayions d’entrer. Un rapide contrôle nonchalant et nous avons été autorisés à passer. Le Reggaeton s’entendait dans les rues s’échappant des fenêtres en fer forgé. Les boissons coulaient à flot. Il y avait des gens beaux partout le long de la route. Des voyageurs, des habitants de San Salvador, des vendeurs de rue vendant des pupusas et des tacos; Tous profitaient des lumières et de la musique du samedi soir. (à suivre)