Pratiquer le surf pour mieux vivre ensemble

L’expérience de Flore à Hawaii

texte : Justine Chiara

Photo @Beppuphoto (Instagram)

Lors d’un séjour à Hawaii pour un stage de travail social, Flore a découvert le surf comme moyen utilisé à la réinsertion de jeunes en difficultés. Si en France,  les assistantes sociales utilisent plutôt l’accompagnement individuel dans leurs pratiques, dans les pays anglo-saxons, l’approche se veut plus collective et se recentre autour de la communauté.

Après un parcours dans l’événementiel culturel en France et à l’étranger, Flore décide de reprendre des études d’assistante de service social.

Soucieuse de développer des approches plus “collectives” au sein de sa profession, elle décide d’agrémenter son parcours d’étudiante d’un premier stage au Canada dans un centre d’accueil des communautés autochtones amérindiennes.

Sur place, on lui indique une autre structure aux Etats-Unis qui s’investit dans un quartier défavorisé d’une ville d’Hawaii en pratiquant des méthodes de travail social communautaire.

Elle rejoint alors l’ONG Surfing The Nation pour une nouvelle expérience, avec toujours comme objectif de construire le travail social de demain autour du collectif et du travailler ensemble. L’ONG Surfing The Nation est née d’une communauté de surfeurs, cela tombe bien, car Flore a toujours été attirée par les sports de nature, entre terre et océan.

L’association Surfing The Nations existe depuis 1997 à Wahiawa dans la banlieue nord d’Honolulu à Hawai. Elle accompagne la population locale qui doit faire face à plusieurs problématiques : l’accès à la santé et à l’éducation, le chômage, les suites d’une immigration forcée.

Le travail de cette association s’axe sur divers programmes, tous réunis autour du concept « d’Empowerment » : le pouvoir d’agir, où l’on considère que les expériences de chacun peuvent être utiles aux autres.

Lors de son expérience, Flore a pu découvrir le surf comme outil éducatif : on enseigne aux jeunes le transfert des règles qu’ils ont apprises grâce au sport dans leur quotidien.

Apprendre à ne pas opposer de résistance et s’abandonner aux forces de la nature, observer et comprendre son environnement, gérer les dangers qui nous entourent, sortir de sa zone de confort, dépasser ses limites mais aussi écouter son corps. De fait, la pratique du surf contribue à l’évolution de chacun au sein de nos sociétés.

C’est forte de ce constat que l’association prend en charge les jeunes de l’île pour les emmener dans l’océan, là où la pression sociale perd de sa puissance et où l’homme peut se reconnecter avec la nature.

Flore nous raconte cette expérience et ce qu’elle en a tiré :

Tu as découvert le Surf lors de ce stage, j’ai cru comprendre que cela t’avait beaucoup apporté professionnellement et personnellement, qu’en retiens-tu ?

Je crois que c’est avant tout le rapport que l’on entretien avec l’océan qui m’apporte et me maintient dans ce sport. Ce lieu un peu mystérieux, magique, serein, et, en même temps, c’est un lieu où le danger peut vite se manifester. La toute première chose qui m’a marquée c’était de comprendre la lecture de la vague. Ici c’est d’abord la nature qui pose ses conditions. Et, en fonction d’elle, tu agis. Pour moi c’était comme une révélation.

C’est un sport qui nous rappelle à quel point nous sommes si peu face à l’immensité de la mer. Qui est le maître ici ? L’océan. Quelque part tu t’inclines. Et la portée de l’océan dépasse de très loin le théâtre de nos égos hypertrophiés qui agissent au quotidien. C’est un sport qui nous enseigne l’humilité où tu travailles aussi le mental. Et puis tu sors de l’eau avec un sentiment de plénitude.

Est-ce que tu surfes toujours depuis ton retour ? Es-tu accro ? 

Je suis une fille de la terre, J’ai grandi en Bretagne, mais je suis née à la montagne. Mes parents m’ont mis sur les skis à l’âge de 3 ans. Gamine, je randonnais avec eux dans les alpes. La mer n’était pas vraiment mon élément. C’est vraiment le surf qui m’a rapproché d’elle. Quand je vais à l’eau, je sens que je peux déverser dans l’océan tout ce qui pèse sur mes épaules. Ça peut être une dure journée de travail ou une charge émotionnelle pénible.

Ensuite ça va mieux (rire). Parfois aussi, au bout d’un certain temps dans l’eau, il m’arrive d’avoir la sensation de ne plus agir avec ma tête mais avec mon instinct. Comme si ta planche, les vagues et toi-même ne faisaient plus qu’un.

Et à l’approche de la vague, j’aime cette petite tension entre angoisse et satisfaction, c’est un peu ce que l’on retrouve dans les montées d’adrénaline. C’est en partie pour ces raisons que je retourne à l’eau dès que je peux.

Photo : @Krisitannedelec (Instagram)  

Est-ce que tu comptes mettre ton expérience à profit en l’appliquant à ton travail ?

Le surf est un très bon outil éducatif. Je n’hésiterai pas à monter des stages, des séjours surf si l’occasion se présente dans mon travail. Pour cela il faut créer des partenariats entre des écoles de surf et des structures éducatives.

Quels sont tes projets surf/ pro ?

Mes projets surf : Je dirais continuer d’évoluer dans ma pratique. Ce n’est que le début je pense.

Photo : Gwenola Samsun 

Mes projets professionnels, ils sont toujours dans le champ du social : œuvrer pour des méthodes de travail collectif qui sont complémentaires à l’accompagnement individuel. Garder comme objectif de construire un monde plus inclusif quelque soit nos différences culturelles et sociales.

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