Rencontre avec Diane Beaumenay-Joannet

Chargée de mission chez Surfrider Foundation Europe, surfeuse et Lobbyiste déchets aquatiques et climat

Par Eve Isambourg

Checker le groupe facebook “Surfers from Paris”, se retrouver pour un verre à “La Surferie”, sortir la Longboard sur les quais entre potes, flâner chez “Boardriders” en famille … Voilà, ce que fait le parisien surfeur à Paris, en attendant la petite vague artificielle qui va bientôt déferler dans la capitale.

Mais à cela, il manque quelque chose d’important : SURFRIDER FOUNDATION, l’antenne de Paris, les “Apér’Océans”, les “Cigarette Butts Clean-ups” sur les quais… Effectivement, Surfrider s’impose à Paris, car à la ville comme à la mer, la protection des Océans, c’est partout et par tous!

Le sourire au lèvre, toute pétillante, j’ai aperçu Dianelors d’une soirée Surfrider à la Surferie, avec son T-shirt de l’ONG, et nous avons commencé à discuter. Une conversation passionnante!

Quelques semaines plus tard, je la recontacte et Diane accepte avec grand plaisir de répondre à quelques petites questions sur elle, son parcours, son engagement. Elle partage avec nous sa passion pour les flots bleus!

Ces mots sont inspirants, tout comme elle et son parcours!

Il se chuchote que tu es une fille des îles, tu peux nous raconter tes premiers pas vers l’Océan?

La mer a toujours fait partie de ma vie. J’ai grandi entre la Méditerranée et l’Océan Pacifique. Originaire du Sud de la France, j’ai fait mes premiers bains dans les calanques, et mes premiers cours de pirogue dans le lagon.

Lorsque nous avons déménagé en Polynésie Française, je suis tombée amoureuse du lagon et de l’océan que j’avais la chance de pouvoir côtoyer tous les jours. Le bruissement des vagues sur la plage, l’air salé, le soleil qui se reflète en paillettes sur la surface, et ce bleu…dans toutes ces nuances, on ne s’en lasse jamais.

Pour moi l’océan c’est notre force vitale : c’est le berceau de la biodiversité, mais c’est aussi l’élément qui relie les terres et les hommes entre eux. Cela prend tout son sens lorsque l’on vit sur une ile, on est dépendant de l’océan ; c’est notre météo, notre garde-manger, notre route, notre aire de jeu. On y plonge, on y pêche, on y surf, on y navigue. L’océan, on l’aime, et on le respecte autant qu’on le craint.

Les polynésiens ont un profond respect pour l’océan « moana », une culture et une façon de vivre en harmonie avec la nature, et ils m’ont transmis cela.

Quand as-tu décidé de t’engager dans la protection de l’environnement?

J’ai toujours respecté et adoré la nature, et la voir polluée et mourir m’a toujours révoltée.

Très jeune, je voulais être avocate pour défendre les innocents. Au cours de mes études de droit, ma passion pour l’océan et mes convictions se sont rencontrés dans le droit de l’environnement. J’ai donc naturellement orienté mon parcours vers un Master en droit international et européen de l’environnement, et une spécialisation en droit de la mer.

Aujourd’hui encore ma passion et mon envie de préserver l’océan au bénéfice de tous est le moteur de mon métier. C’est ma motivation quotidienne, ce qui donne du sens à mon travail.

Pouvoir faire ce que l’on aime chaque jour c’est vraiment une chance.

Tu peux nous parler de ton expérience chez Surfrider?

Après un premier travail de recherche dans le cadre de la clinique juridique de mon Master, sur la problématique de la perte de conteneur en mer avec Surfrider Foundation Europe, j’ai commencé en tant que stagiaire pour faire du lobbying européen sur la question du changement climatique à Bruxelles.

J’ai ensuite été embauchée par l’association, pour poursuivre ce travail à Paris à l’occasion de la COP21, la conférence des nations unies sur le climat et pour intégrer, en partenariat avec d’autres organisations, l’océan dans les négociations internationales, océan qui jusqu’alors avait été oublié.

Je suis aujourd’hui chargée de mission lobbying déchets aquatiques et climat, et également responsable de la campagne RESET YOUR HABITS contre les bouteilles en plastique. Mon travail consiste à écrire et porter des plaidoyers pour améliorer la loi et orienter la politique environnementale afin de la rendre plus protectrice de l’océan. Il s’agit de porter des mesures de restrictions de certains produits qui deviennent des déchets aquatiques, tels que les plastiques à usages unique, dans des projets de loi nationaux ou européen. Développer et mettre en œuvre avec une équipe, une campagne de sensibilisation et de mobilisation. Ou encore de plaider, via une coalition d’ONG, pour la prise en compte de l’océan dans la politique internationale du climat.

Un travail varié et intense où l’on s’ennuie jamais.

Surfrider Foundation Europe est une association de protection des mers, de l’océan du littoral et des vagues. Créée en 1990 à Biarritz par des surfeurs dans le but de protéger leur spot de surf contre les pollutions, l’association représente aujourd’hui l’ensemble des pratiquants d’activités nautiques et amoureux de l’océan. Elle travaille principalement sur les déchets aquatiques, la qualité de l’eau et l’aménagement du littoral et le changement climatique. Pour ce faire elle met en œuvre différents moyens : la sensibilisation et l’éducation pour faire comprendre les problèmes de pollutions et proposer des solutions ; la mobilisation sur le terrain pour faire émerger une prise de conscience et impulser un changement de comportement ; et l’expertise à la fois scientifique (monitoring de déchets, analyses de la qualité de l’eau etc..) et juridique pour construire assoir nos plaidoyers.

Surfrider Foundation Europe s’adresse à la fois au grand public pour faire changer les comportements, aux politiques pour améliorer la loi et la politique environnementale, et aux industriels pour encourager l’adoption de pratiques moins impactantes pour l’environnement. Très accès sur la concertation et le dialogue avec l’ensemble des parties prenantes pour avancer ensemble dans la transition vers une société plus respectueuse de l’environnement.

Ce qui me plait dans le monde des ONGs c’est la passion des gens qui y travaillent, et la liberté d’action et d’expression dont elles bénéficient. Représentant un intérêt public commun, elles ne sont pas lié par un mandat politique ou un intérêt privé, elles agissent pour défendre la cause pour laquelle elles ont été créées. De fait, les associations jouent vraiment un rôle clé dans la société, portant la voix des citoyens auprès des politiques. La richesse des ONG, c’est leur diversité et leur spécificités; elles sont expertes dans leurs domaines, et complémentaires dans leurs actions agissant, tant au niveau local que national ou régional.

Avec votre slogan “Jeter par Terre, c’est jeter en Mer”, et vos actions, on comprend bien que c’est aussi dans les grandes villes comme à Paris que la protection des Océans commence … Tu nous en dis un peu plus?

« Jeter par terre c’est jeter en mer » est un des slogans de notre campagne les Initiatives océanes. Il s’agit de collecte de déchets participative qui double action de sensibilisation et science participative. Cela permet de faire prendre conscience aux gens de l’étendue du problème, et par la quantification et qualification des déchets, de récolter des données précieuses sur les déchets que l’on retrouve sur les plages ou les rives des rivières. A partir de ces données, nous établissons des bilans environnementaux qui servent à justifier nos actions. Par exemple les mégots, les sacs en plastique, les coton-tiges, les bouteilles et leur bouchon en plastique font partie des 10 déchets que l’on retrouve le plus, et c’est pourquoi nous avons choisis de développer des campagnes dédiées pour réduire à la source la pollution qu’ils causent.

« Jeter par terre c’est jeter en mer » représente bien l’idée que lorsqu’on jete/abandonne un déchet par terre, par le vent et la pluie il va ruisseler jusque dans un cours d’eau, qui va finir dans une rivière, et la rivière dans l’océan. C’est le cycle de l’eau. L’idée est de rappeler aux gens le liens entre la terre et la mer, mais également de les interpeller sur l’impact de leur geste.

En effet, 100% des déchets sont d’origine humaine, produits par l’homme, et 80% des déchets aquatique viennent de l’intérieur des terres.

Le fait de jeter un déchet par terre n’est pas un geste anodin, c’est un geste anormal. On fait l’effort d’aller jusqu’au supermarché pour acheter un produit, on doit être capable de faire la même chose pour ramener son déchet jusqu’à la poubelle. Nous sommes responsables de nos propres déchets.

Un conseil à donner à une surfeuse qui souhaite s’engager?

Toujours croire en soi et en ses convictions. Lorsqu’on fait quelque chose avec amour et passion cela fonctionne toujours. Il existe de nombreuses associations de protection de l’environnement, il ne faut pas hésiter à aller les rencontrer, dialoguer et éventuellement s’engager bénévolement avec celle qui nous correspond. Et puis, si l’on souhaite aller plus loin dans son engagement, il ne faut pas hésiter à orienter son parcours vers le monde des ONGs qui accueille de nombreuses spécialités tant dans les domaines scientifiques, juridiques qu’économiques, et permet de travailler tant à l’échelle locale, que nationale ou internationale.

L’important c’est de trouver la combinaison qui nous correspond, entre engagement bénévole et vie quotidienne.

On peut s’engager quotidiennement en décidant de consommer de façon plus responsable en choisissant des produits plus respectueux de l’environnement produits plus localement et en générant moins de déchets. On peut veiller à ne rien jeter par terre et à utiliser des produits cosmétiques et d’entretiens sans produits ou résidus de la pétrochimie pour limiter la pollution de l’eau. On peut rendre plus écologique sa pratique du surf en utilisant une crème solaire sans filtre chimique dit « coral protect », une combinaison sans néoprène, une planche de surf en bois ou en fibre de lin, et de la wax 100% naturelle à base de cire d’abeille.

On peut également s’engager plus collectivement en participant à des actions bénévoles au sein d’une association, et transmettre les bons gestes, sensibiliser le grand public, organiser des collectes de déchets sur sa plage.

Et toi, dans 5 ans tu te vois où?

Dans un futur proche je me vois toujours travailler dans la protection de l’océan, mais avec une dimension plus insulaire. J’ai envie de mettre mon expérience au service du développement durable et de la protection de l’océan en outre-mer. C’est un véritable enjeu de concilier développement économique, protection sociale et préservation de l’environnement auquel j’aimerais contribuer.

Merci Diane, nous notons tout cela, et allons partager tes good vibes autour de nous!