Rencontre avec Farah Obaidullah

Interview d’Eve Isambourg

Nous avons tous des rêves, nous avons tous des héros qui nous inspirent à réaliser nos rêves, à relever les défis que nous avons en tête. Farah est une de ces héros. Nous sommes allées à la rencontre d’une femme qui ne vous laissera pas indifférente, qui vous donnera envie de voir les choses changer, de voir vos rêves et vos convictions se réaliser.

Je vous propose de rencontrer Farah, scientifique amoureuse des flots bleus, une femme engagée pour la protection des Océans, fondatrice de la plateforme Women4Oceans.

Farah, personne ne dira le contraire, tu es une formidable ambassadrice de l’océan et une représentante de la lutte que nous menons au quotidien pour sa protection. Tu es une réelle source d’inspiration pour moi, pour nous.

Peux-tu nous parler un peu plus de toi, et de ta relation avec l’océan : c’est depuis le début ?

Je suis passionnée par l’océan, et ce depuis toujours. J’ai grandi en bord de mer, en hollande, et la jeune fille que j’étais était attirée par l’océan, quelque soit la météo. Près de l’océan, je me sens petite et humble, le bruit des vagues crée en moi ce sentiment de peur et d’attachement en même temps. Petite déjà, cela me mettait en colère de voir des gens polluer les plages, je savais que cela abimait notre planète, alors j’allais voir ces gens, et je leur disais de ramasser.

Puis, j’ai déménagé au Gabon en Afrique de l’Ouest. Je suis passé de la mer du Nord à l’océan Atlantique, me rapprochant des eaux chaudes et claires, mais féroces. Je passais mes week-ends à la plage, j’observais la biodiversité marine,  sous l’eau et hors de l’eau.

Je suis retournée en Hollande, à l’âge de 15 ans, où j’ai obtenu mon premier job d’été dans l’aquarium de ma ville. Ce que je tire de cette expérience ? Une leçon de vie, où j’ai rapidement compris que les animaux ne sont pas faits pour vivre en captivité mais en liberté. J’ai alors continué mes études en Sciences marines. Après quelques années passées à travailler comme consultante dans l’environnement, j’ai orienté ma carrière vers les océans. Depuis, je travaille sur la terre comme sur l’eau, pour la protection des espaces marins et espèces marines, les conditions de travail de la pêche, la promotion d’une pêche durable … Je pourrais parle de ma connexion avec l’océan pendant toute une journée, ce qui est certain, c’est que je n’ai jamais abandonné mon rêve de poursuivre une carrière en lien avec l’océan.

Qu’est ce que cela signifie d’être une femme scientifique aujourd’hui ?

J’ai grandi dans les années 80’s-90’s. Mes modèles, à l’époque, étaient principalement des hommes. Tout d’abord, il y avait mon père : géographe, scientifique informatique, astrophysicien, mathématicien. Il n’a jamais arrêté d’apprendre (et continue d’apprendre aujourd’hui à l’âge de 78 ans), il m’a transmis cette passion et cette curiosité que je porte en moi aujourd’hui. Être une femme n’a jamais été un obstacle quand j’étais jeune, j’ai reçu une éducation, à la maison et au lycée, m’encourageant à poursuivre mes rêves. C’est en arrivant à l’université, que j’ai remarqué que la plupart de mes camarades dans la licence scientifique, étaient des étudiants masculins.

Je pense que les choses changent aujourd’hui, que de plus en plus de femmes deviennent des scientifiques, dans certains domaines, elles sont même plus nombreuses que les hommes. Toutefois, c’est évident, nous faisons face à certains obstacles que les hommes ne peuvent connaître, notamment en terme d’isolation ou de comportement, car le système a été créé par les hommes pour les hommes. Mais, encore une fois, les choses changent, nous sommes dans une époque où, de plus en plus, les challenges nous servent à faire évoluer la société lorsqu’on les dépasse. La voix de la femme est de plus en plus présente dans la société, et notamment dans le domaine des Sciences.

Femme, égalité, changement, vision, encouragement, océan propre et protégé (…) ce sont des mots-clés que l’on retrouve  sur le site Women4Oceans, le mouvement que tu as créé. Cela m’inspire beaucoup ! Comment t’es venue l’idée de créer cette communauté ?

J’ai bientôt 20 ans d’expérience professionnelle, et j’ai dédié une grande partie de mon temps à l’océan. L’urgence à laquelle nous sommes confrontée est réelle, et nous n’avons pas le temps d’attendre encore, et de laisser une poignée d’organisations gérer à elles seules la protection des océans. Nous devons TOUS agir, pour protéger ce que l’on aime, mais aussi surtout ce qui rend la vie possible – notre planète bleue.

J’ai beaucoup voyagé, et rapidement je me suis rendue compte du nombre de femmes passionnées et engagées pour la protection des océans, dans le domaine du droit, des relations internationales, mais aussi les surfeuses et nombreuses autres femmes, pourtant la femme est encore sous-representée dans le domaine. Les héros des océans sont pour la plupart toujours des hommes, souvent blancs. Or, cela n’est pas réaliste et suffisant si nous voulons mobiliser les masses, et avoir un impact maximum.

Les grands changements ne se font pas seuls. Les grandes évolutions sont le résultat de l’action d’une communauté engagée. Seul, un individu ne sauvera pas l’océan, mais ensemble, nous le pouvons. Il faut laisser tomber cette idée selon laquelle, une personne, ou une organisation pourra sauver seule l’océan. Alors, j’ai créé la plateforme Women4Oceans, afin de porter la voix des femmes qui agissent pour l’océan, permettre une connexion et de futures collaborations. Nous devons casser les barrières qui existent entre nous, entre chacun de nous de par notre fonctions, statuts, titres, et agir tous ensemble pour une même cause que nous souhaitons défendre en partageant nos savoirs et objectifs.

Quels sont les buts et objectifs de la plateforme W4O ?

C’est très simple. W4O connecte, soutient et amplifie les actions des femmes du monde entier, engagées pour la protection des Océans.

Pourquoi les femmes ? Je pense que, pour permettre à notre société de passer au niveau supérieur, nous devons utiliser notre potentiel d’être humain au mieux, en élevant le rôle des femmes dans le domaine océanique pour qu’il soit équivalent à celui des hommes.

Mon objectif est d’accélérer les mesures de protection des Océans grace à l’Amour commun que nous avons pour cet espace bleu. Par exemple, si une femme travaille sur la conservation des requins au Bangladesh, elle pourra se connecter avec d’autres, travaillant sur le même sujet, mais dans d’autres régions du monde. Cette plateforme permet de connecter et de partager les informations plus facilement.

Dans la même optique de connecter les femmes, j’ai créé une carte interactive, permettant de créer des liens, en localisant les femmes et actions dédiées aux Océans dans les différentes régions du monde. Cette carte et les données collectées sont des outils majeurs, permettant également de rendre compte des actions féminines dans le domaine, et de répondre à l’argument selon lequel il n’y a pas assez de femmes expertes sur le sujet.

Et puis, toujours dans cette optique de parité, j’ai crée une application : W4O gender balance and inclusion app.

Comment pouvons-nous prendre part au mouvement ?

TOUT LE MONDE peut rejoindre le mouvement Women4Oceans. Nous avons toutes, d’une façon ou d’une autre, une relation particulière avec l’océan. Chaque seconde, lorsque nous respirons, nous respirons grâce à l’oxygène transmis par l’océan. Nous jouons dans l’océan, notre nourriture provient de l’océan, ou en dérive. Voilà, félicitations ! Vous venez de réfléchir à cette connexion, vous venez d’en prendre conscience, vous faites partie du mouvement !

Ajoutez-vous à la carte interactive, devenez une alliée W4O si vous ne travaillez pas directement pour les Océans, mais souhaitez soutenir le mouvement ! Pour le moment, W4O n’a pas de financement, mais bientôt il sera possible de faire des dons à l’association afin de soutenir les différents projets et faire grandir le mouvement. Suivez-nous sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter) – Par dessus tout, soyez inspirées par l’action de ces femmes, et partagez le mouvement autour de vous !

De manière plus générale, quels conseils pouvez-vous donner aux surfeuses qui souhaitent s’investir dans la protection des océans ?

Pensez à vos qualités, et comment vous pourriez les appliquer à la conservation des océans. Si tu écris bien, écris sur l’océan. Si tu es une artiste, alors tu peux sensibiliser les gens à l’océan à travers tes créations. Si tu es une maman, apprends à tes enfants les secrets de l’océan. Si tu fais des études de droit, engage-toi dans le droit environnemental et poursuis une carrière dans la protection légale des océans ! Tout peut être réalisé, tout peut être imaginé : films, organisation, journalisme, commerce (…) Tout peut être appliqué à la protection des océans.

Pense-tu que les actions des femmes dans le secteur de la protection environnementale soient moins considérées ?

Malheureusement, très souvent, la réponse est oui. Même là où l’on s’y attend le moins. Des pays comme les États-Unis ont encore beaucoup à faire pour reconnaître les réalisations des femmes. Les femmes ne manquent pas dans le secteur de l’environnement, c’est en fait un des rares secteurs qui attire plus de femmes que d’hommes. Cependant, en matière de prise de décision, de direction ou de toute autre position qui détermine notre relation collective avec le monde naturel, ce sont encore principalement les hommes qui dominent.

Il ne suffit pas de rendre hommage aux femmes du passé devenues des symboles, ou de louer la seule femme que vous avez au sein de votre conseil ou de votre équipe. La véritable inclusion, c’est lorsque tous nos points de vue, sans distinction de sexe, de race, de religion, d’orientation sexuelle ou de quoi que ce soit qui nous distingue les uns des autres, sont représentés de manière égale et équitable. Comme beaucoup d’autres l’ont dit avant moi, notre diversité en tant qu’êtres humains est notre force.

Chez Immersion, nos corps et âmes ne font qu’un avec l’océan. Nous avons conscience que protéger notre planète bleue est la responsabilité de tous. Nous avons conscience de l’urgence de la situation, et de la nécessité d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Selon toi, quels sont les plus gros défis à surmonter quant à la protection des Océans ?

La liste est longue : changement climatique, surexploitation de la pêche, accroissement de population, manque de respect envers la biodiversité (…) Mais nous pouvons aussi voir ces défis comme des opportunités. Ces opportunités peuvent nous permettre de voir apparaitre du progrès dans notre société.

Je pense que l’urgence est de se rendre compte que notre système n’est pas parfait. Tout système, humain ou naturel, est fait pour perdurer, et non mourir. Alors, nous devons revoir certains facteurs et comportements humains dans les domaines de la gouvernance, de la finance, la politique et de la justice. Nous devons adapter notre système aux nouveaux challenges. Nous devons TOUS nous impliquer dans le modelage d’un futur prospère et respectueux.

Tu es une inspiration pour nous tous et ceux qui se battent pour le changement. Qu’aimerais-tu dire à ces femmes passionnées, engagées dans leurs actions et dans le travail qu’elles aiment ? Penses-tu que suivre ses rêves est un risque, un risque à prendre ?

Mon conseil est de toujours suivre ses rêves. Si tu n’es pas sûre de tes rêves, alors écoute avec attention à la fois ton coeur et ta raison. Soyez sûres que vos rêves ont un objectif – quelque soit cet objectif, cela vous mettra sur un chemin. Une fois que vous êtes sur ce chemin, alors la visibilité du tracé devient de plus en plus claire. C’est risqué, peut-être. Mais, prendre des risques nous encourage à repousser nos limites et nous offre la possibilité de découvrir une nouvelle version de nous-même. Une version meilleure.

Nous avons nos âmes pleines de sable,

Les pieds mouillés et salés,

Nous sommes des femmes de l’Océan,

Et nous devons le protéger.