Sri Lanka, l’île émeraude

Elena Altukhova

De la période coloniale britannique, les sri-lankais ont gardé la conduite à gauche et une certaine lenteur de l’administration. Mais ils ont su préserver la richesse de leur propre identité, culture et gastronomie au fil des années.

Le Sri Lanka a le vent en poupe. Voilà quelques années que ce petit pays insulaire au sud de l’Inde attire la convoitise des surfeurs européens grâce à sa relative proximité (11 heures de vol direct de Paris), le coût peu élevé de la vie, la sécurité, et, bien sûr, un swell constant, toute l’année, adapté à tous les niveaux. Ravagé par la guerre civile prolongée et par un tsunami très violent, le Sri Lanka se reconstruit et s’ouvre de plus en plus au monde depuis une petite dizaine d’années. Moi aussi, à mon tour, j’ai décidé de partir à la découverte de ses trésors aux couleurs émeraude.

Ce qui m’a tout de suite marqué, c’est le contraste énorme entre la pauvreté de la population locale et l’exubérance de leurs habits traditionnels, des décorations des temples, des saveurs de la cuisine. La gentillesse des sri-lankais tant réputée est vraie, elle semble sincère, pudique, un peu fière, pas surfaite. Ce peuple est d’une dignité touchante. Beaucoup de sri-lankais vivent du tourisme, y compris de celui lié au surf. Ils sont donc dépendants des voyageurs étrangers, mais ils veillent précieusement à leur identité et leur culture. Ils font sentir que vous êtes chez eux, tout en vous accueillant généreusement. En tant que femme, je me suis sentie en sécurité, aussi bien dans les rues qu’à l’eau. Pour moi c’est très important. Il faut juste s’habituer aux regards curieux et un peu méfiants, car le touriste, bien que fréquent, reste un élément étranger à cette société. Et c’est tant mieux.

Mon voyage est tombé sur la fin du mois d’octobre, la période de mousson sur la côte Est. C’est donc tout naturellement que j’ai passé la majeure partie du séjour sur la côte Sud-Ouest. On peut programmer un surf trip au Sri Lanka à toute période de l’année. Seulement, et c’est très important, il ne faut pas se tromper de région : la meilleure saison pour la côte Sud-Ouest est de novembre à mars, et de mai à septembre pour la côte Est. Autrement, vous risqueriez de tomber sur l’une des deux moussons qui régissent le climat et les conditions météo de ces deux côtes à différentes périodes de l’année.

Mon premier point de chute était le village de Mirissa. J’ai eu un coup de cœur direct, et c’est resté un de mes endroits préférés dans tout le pays. Dans le petit hôtel familial donnant sur la jungle où j’ai passé mes premières nuits, on m’a rapidement trouvé un scooter avec un surf-rack et un casque. J’étais prête pour l’exploration de la côte !

Mirissa

Il se trouve que la majorité des spots au Sri Lanka sont accessibles pour tout surfeur (sauf ceux de la côte Est les jours du gros swell). La côte Sud-Ouest que j’ai parcouru de Hikkaduwa jusqu’à Matara, est parsemée de pics accessibles et sans danger, faciles à repérer en longeant la route en voiture ou en scooter.

Arugam Bay

Les spots les plus connus et les plus aménagés (et donc les plus peuplés) sont Unawatuna, Hikkaduwa, Weligama. Ce dernier spot est un grand beach break facile et peu puissant ; il est idéal pour les débutants et les longboarders. Sur la plage, on trouve de nombreux bars, restaurants, hôtels (y compris de pas très jolis) et locations de planches. L’eau est toujours chaude, le fond sableux, sans courant puissant. C’était parfait pour moi. Mais la première session s’est avérée plus physique que ce que je ne croyais. Comme les vagues sont molles, elles ne poussent presque pas. Même en longboard, il fallait ramer bien plus longtemps et plus vite que d’habitude.

Arugam Bay

Comparativement à ces grands spots peuplés de locaux et d’étrangers, le village de Mirissa est bien plus tranquille et « confidentiel », avec une vague dans sa petite baie, mais surtout quelques pics intéressants autour. Un longboard sera toujours de rigueur car les vagues manquent de puissance. La plage ici est l’une des plus belles de la côte Sud, et un diner les pieds dans l’eau dans un des restaurants ouverts le soir est un must ! Seulement, en venant au Sri Lanka, il vaut mieux aimer manger épicé, car l’alternative à la cuisine locale n’est pas toujours simple à trouver. Au bout d’une semaine de curry, de roti et de papadum, j’avais terriblement envie de simples pâtes à l’huile d’olive. Impossible à trouver ! Finalement, j’ai dû me contenter de nouilles chinoises à la sauce tomate… pimentée. Mais c’est aussi ça la beauté du voyage.

Hiriketiya bay

Un autre « secret spot » qui vaut le détour se trouve dans la baie la plus pittoresque de toute la côte Sud – Hiriketiya bay à Dickwella. L’accès n’est pas simple à trouver et les vagues peuvent être quelque peu chaotiques, ce qui limite la fréquentation et c’est tant mieux ! Un spot aussi bien pour les débutants (beach break juste devant la plage), que pour les confirmés (un reef rapide qui casse plus loin). Un ou deux surfcamps sur la plage… mais l’endroit reste assez sauvage et préservé. C’est mon deuxième coup de cœur du voyage. A tel point que même avec 39° de fièvre, sans pouvoir surfer, j’ai passé des après-midis entiers assise à l’ombre de la végétation, à observer le jeu des vagues dans la baie. Et j’ai eu envie d’immortalisez ces moments, de les garder dans ma mémoire à jamais. D’une manière générale, je suis une grande fan des carnets de voyage, mais pour ce trip j’ai pris un carnet de surf spécialement conçu pour noter les sessions. C’était très pratique. Le fait de noter certaines sessions et de dessiner les spots dans ce carnet m’a permis de créer ma propre histoire de surf le temps d’un voyage. En plus d’y noter les principaux paramètres d’une session de surf, les conditions de météo, il incite à la créativité et à l’introspection. Aujourd’hui, je prends un grand plaisir à feuilleter mon surfbook et à revivre un peu à nouveau ces moments forts.

Un jour je reviendrai surement pour découvrir la face Est de l’Ile. Il parait que le surf y est différent, plus puissant. La fameuse Arugam Bay avec sa longue droite bleue turquoise m’attire bien. Ou alors le Pottuvil point, une droite joueuse sur fond sableux qui casse très près du bord, ce qui offre une mise à l’eau facile. Il reste encore tant de choses à découvrir !

Conseil pratique

La superficie de l’ile n’est vraiment pas grande (environ 400 km du nord au sud et 225 km de l’ouest à l’est). Mais détrompez-vous, le moindre déplacement est un calvaire, car on roule avec une vitesse moyenne de 30 km/h sur des routes à une seule voie, avec une forte circulation des bus et la priorité donnée au plus gros. D’où l’importance de bien choisir son spot dès le début en fonction de la saison. Aussi, à mon grand regret, j’ai découvert qu’un road trip n’était pas vraiment possible au Sri Lanka, car on ne peut louer une voiture qu’avec un chauffeur local qui s’occupera de vous conduire partout, à raison de 50-60 € par jour, essence comprise. C’est une règle compréhensible, car elle permet de faire travailler la population locale. En revanche, cela enlève une partie de la liberté et de l’indépendance que je pouvais espérer.

Alors, si comme moi, vous êtes limité dans le temps, évitez de faire trop de déplacements. Cela ne concerne pas, bien entendu, le fameux voyage en train à travers les plantations de thé, reliant Nuwara Eliya à Kandy, considéré comme l’un des plus pittoresques trajets ferroviaires du monde. Pour quelques euros seulement, vous prendrez place à bord d’un véritable train à vapeur qui se déplace à 15 km/h en traversant les montagnes, le long de plantations de thé luxuriantes et de chutes d’eau. On reprend vite goût à cette liberté d’ouvrir les fenêtres et les portes du train en mouvement afin de profiter encore mieux du spectacle. C’est un must absolu !

Illustration des spots du Sud de Sri Lanka dans mon carnet de surf

Voyager responsable

Lors de votre voyage abstenez-vous de cette attraction pour les touristes en mal d’exotisme – la ballade sur le dos d’éléphant. Innocente au premier regard, cette pratique suppose la détention des éléphants en condition d’esclavage, le dressage violant, fondé sur la peur, les blessures fréquentes, l’épuisement, la mort précoce. Ces animaux majestueux méritent d’être admirés de loin, avec respect, dans leur environnement de vie naturel. Aucun être vivant, d’autant plus un animal sauvage, n’est fait pour servir de divertissement dans un cirque, un zoo ou un parc touristique. Votre voyage au Sri Lanka peut être une excellente opportunité d’observer les éléphants en milieu sauvage, car ce pays dispose de plusieurs réserves naturelles d’importance internationale.

Pour en savoir plus sur le carnet de voyage spécial surf, utilisé par Elena lors de son trip, n’hésitez pas à faire un tour sur le site internet de Beyond the swell.