Surf et liberté

par Jessie Tuckman

Dans notre monde moderne, les obstacles à une vraie liberté sont nombreux. Qu’il s’agisse de la menace constante du terrorisme, de la manipulation des médias ou des entraves de la société, nous sommes souvent en quête de notre liberté personnelle et de notre distraction.

En ce qui me concerne, je pensais avoir trouvé un sens à ma vie dès la fin de mon adolescence, quand j’ai obtenu un excellent travail auprès de courtiers en finance qui misaient sur ma carrière. Ils m’ont formé en conseil financier et m’ont payé des cours pour assurer mon avenir. J’ai travaillé dans l’une des plus grandes et riches villes du Royaume-Uni, à Manchester dans le secteur de la finance. Je pensais que c’était ce que je devais faire.

Sur le plan humain, je pensais aussi changer les choses. Suite à mes conseils, certains de mes clients ont pu, ainsi, acheter une maison, rembourser leur dette, réorganiser leurs finances et changer de vie. Quand j’y repense, je réalise que la plupart des organismes financiers de ce monde se font beaucoup d’argent sur les dos des gens. Y compris des employés comme moi.

photo:  Joseph Shields

Mais ma vie a changé quand j’ai essayé de faire du surf. Ma cousine Tina m’a emmenée surfer pour la première fois sur la côte nord-est de l’Angleterre, à Scarborough. Il y faisait très froid comme souvent là-bas. J’ai pris ma première vague dans des conditions chaotiques, froides et difficiles. Mais bien que ce ne soit pas comme je l’avais rêvé, j’ai été complètement conquise dès la première vague.

J’ai rejoint le club de surf qu’elle m’avait fait connaître, et j’y suis retournée aussi souvent que possible.

A ce moment-là, je me suis mise, au bureau, à rêver de vagues 8 heures par jour. Au travail, je ne me souciais plus d’atteindre mes objectifs et j’attendais avec impatience le week-end et le moment où je pourrais prendre un avion pour aller surfer sur la côte des Cornouailles. Il y avait une photo sur mon bureau d’une belle plage éclairée par le soleil, arborée de palmiers, avec des vagues déferlant en arrière-plan. A cette époque où le surf me manquait le plus, je travaillais pour une entreprise appelée Stamford Financial. Le patron John plaisantait souvent sur le fait d’ouvrir une filiale à Hawaï pour me garder là-bas! En disant cela, il était loin de se douter que j’y serais bien partie.

photo: Adam Laister

On n’a qu’une seule vie. Nous devons tous faire ce qui nous rend heureux. J’ai quitté mon emploi et j’ai voyagé aux Canaries pendant un moment avec un budget restreint. J’ai passé du temps à surfer des vagues au soleil et à réfléchir à ce que je laisserais derrière moi à Manchester. Toute ma famille était là-bas, ainsi que la sécurité financière d’une carrière assurée. Après mûre réflexion, j’ai pris conscience que  vivre au bord de la mer était synonyme de bonheur pour moi et que continuer de surfer était la meilleure chose à faire.

De retour au Royaume-Uni, j’ai déménagé en Cornouaille, région d’Angleterre où se trouvent les vagues les plus consistantes ainsi qu’une communauté active de surfeurs. La plage la plus fréquentée est Fistral Beach qui abrite le centre international de surf ainsi que les WSL Event Boardmasters.

Je dois me pincer quand je me réveille ici. C’est un lieu touristique, et comme beaucoup de villes balnéaires, il est très difficile de gagner sa vie. Mais avec de l’imagination et si vous vous serrez la ceinture, vous pouvez bien y vivre.

Le surf est un cadeau incroyable car une fois que vous avez votre planche et votre combinaison, vous pouvez surfer à votre guise. Vous n’avez pas besoin d’aller courir après l’argent juste après les vagues.

Il existe deux définitions dans le dictionnaire pour le mot « Liberté » :

1. le pouvoir ou le droit d’agir, de parler ou de penser comme on veut

Ce n’est pas propre au surf mais au sport en général. Je pense qu’avoir du temps dédié à se consacrer uniquement au sport ou à des exercices que vous aimez, vous aide à vous détendre : mettre vos chaussures pour courir, ouvrir la porte de votre gymnase, s’échauffer avant le surf. Tous ces moments sont l’occasion de mettre de côté vos soucis et de vous préparer en vous concentrant sur votre plaisir personnel à venir. Cela libère l’esprit… Et lorsque vous retournez à votre vie normale, après ce rush d’endorphine, vous vous sentez relaxé et prêt à vous reconcentrer sur vos pensées et vos actions.

2. le fait de ne pas être emprisonné ou asservi

Cette définition a encore plus de sens pour moi. J’ai échappé à l’asservissement d’un travail bureaucratique de huit heures par jour, et j’en ai été libéré grâce à la pratique du surf qui me permet de me sentir active, détendue, concentrée, heureuse, proche de la nature et proche de mes amis.

photo: Adam Laister

photo: Adam Laister

photo: Terry Eaton

photo: Beyond the Lens Images